Qwant rachète Lilo pour diminuer sa dépendance à Microsoft Bing
Qwant vient d’annoncer l’acquisition de Lilo, son compatriote solidaire. Objectif affiché : renforcer une alternative européenne à Google, moins dépendante de Microsoft, plus respectueuse de la vie privée, et engagée dans des causes sociétales. Ce rapprochement traduit une volonté claire de reprendre la main sur la souveraineté numérique, mais cette acquisition a-t-elle encore du sens alors que les LLM gagnent chaque jour de nouvelles parts de marché ?
Deux moteurs français, une vision éthique commune
Qwant et Lilo partagent une ambition rare : proposer une recherche web sans exploitation des données personnelles. Tandis que Qwant mise sur la confidentialité et l’indépendance technologique, Lilo a bâti sa réputation sur un modèle solidaire. Créé en 2015, Lilo permettait aux internautes de reverser jusqu’à 80% des revenus publicitaires générés par leurs recherches à des projets associatifs choisis par eux.
Depuis sa création, Lilo a ainsi redistribué plus de 5 millions d’euros à des causes sociales et environnementales. Une proposition unique, qui a séduit environ 1 million de visiteurs mensuels. De son côté, Qwant revendique quelque 6 millions de visiteurs uniques par mois. En additionnant ces audiences, le moteur français espère peser davantage dans un marché ultra-dominé par Google (près de 88 % des parts de marché en France).
Source : Statcounter
Le rachat de Lilo n’est pas une simple opération de croissance externe. Il s’inscrit dans une stratégie de rupture, amorcée dès 2023. Cette année-là, Microsoft augmente fortement les tarifs de l’API Bing, sur laquelle reposent encore de nombreux moteurs alternatifs comme Qwant. Un électrochoc pour les acteurs européens, qui voient leur dépendance à un fournisseur américain devenir un frein économique et stratégique.
Face à cela, Qwant a initié un partenariat structurant avec Ecosia (le moteur vert allemand), sous la forme d’une coentreprise visant à développer un index de recherche indépendant, européen et open source. Cette alliance vise à bâtir un pilier technologique commun à l’échelle continentale, dans un esprit de résilience et d’innovation partagée. L’ajout des technologies et du savoir-faire de Lilo dans cette équation pourrait accélérer cette autonomie tant désirée.
Lilo va-t-il disparaître ?
Pas pour l’instant. Selon les premières déclarations officielles, Lilo restera accessible, au moins dans les mois à venir. Mais Qwant prévoit d’intégrer certaines de ses fonctionnalités phares, comme la redistribution de revenus publicitaires à des associations, directement dans son propre moteur. Un moyen de rendre la recherche Qwant plus “engagée”, tout en élargissant son socle utilisateur.
En parallèle, l’ambition est aussi technique. Lilo disposait de certaines briques de crawling et d’analyse propres, qui pourraient venir renforcer les efforts de Qwant pour bâtir un moteur moins tributaire des technologies américaines. De plus, l’intégration à venir de solutions IA, en partenariat avec la startup française Mistral AI, marque une volonté d’avancer sur le terrain de la recherche enrichie, via des agents génératifs.
La concentration entre ces deux acteurs hexagonaux arrive dans un contexte particulier. D’un côté, l’Europe tente d’imposer ses règles aux GAFAM, notamment avec le Digital Markets Act. De l’autre, le grand public reste encore très largement captif de Google, par habitude, efficacité, ou intégration poussée dans l’écosystème Android et Chrome.
Pour autant, l’acquisition de Lilo par Qwant symbolise une nouvelle phase pour les moteurs français. Le pari est clair : proposer une recherche plus humaine, plus respectueuse, et plus solidaire. Cela ne suffira pas à détrôner Google, mais cela pourrait séduire des utilisateurs lassés d’un web piloté par des logiques exclusivement commerciales, qui sait ?


